Cameroun, les prémices d’une crise post-électorale à l’africaine

Une élection présidentielle vient de se dérouler le 7 octobre dernier, au Cameroun voisin . Entre autres candidats, le président sortant Paul Biya (85 ans) briguait un septième mandat.  Candidat naturel du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), l’homme de Mvomeka’a, au pouvoir depuis 1982, devrait logiquement se  succéder à lui-même, malgré les recours en annulation partielle de l’élection, introduits par ses adversaires auprès du Conseil Constitutionnel.

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Paul Biya (RDPC)                                                          Maurice Kamto (MRC)                                    Joshua Osih (SDF)

En effet, après plusieurs jours de débats ( en live sur la chaine publique CRTV, une première dans ce pays), dans la nuit du jeudi 18 octobre 2018, Clément Atangana, le président de cette haute juridiction,  a rejeté d’un revers de la main les requêtes des candidats Maurice Kamto du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun(MRC) et Josuah Osih candidat du Social Democratic Front (SDF). Bien que défendus par une kyrielle d’avocats, les malheureux adversaires de Paul Biya ont vu avec étonnement, leurs requêtes  rejetées parce que non justifiées. Pourtant leurs moyens (preuves de fraude avérée) étaient solides. La messe est donc dite.

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Clément Atangana président du Conseil

Constitutionnel

Paul Biya sera proclamé vainqueur le 22 octobre prochain avec, semble t-il, plus de 71% des voix. L’opposition a beau clamer qu’il y a eu fraude massive avec plusieurs irrégularités, que le taux de participation était trop faible dans le nord-ouest et le sud-ouest pour valider ce scrutin; Maurice Kamto a beau revendiquer la victoire, rien n’y fera. Biya conservera le pouvoir par tous les moyens. Reste à savoir quelle sera la réaction des Camerounais, surtout des anglophones et des autres laissés pour compte.

A l’évidence, tous les ingrédients sont réunis pour mettre le feu aux poudres avec des dégâts qu’on préfère ne pas imaginer. Le pays étant déjà bien délabré et de nombreux Camerounais ne voulant plus du système Biya.

Le cas  du Cameroun est symptomatique des dysfonctionnements des processus démocratiques en Afrique. La fraude et la corruption étant les deux maux majeurs qui minent ces processus au grand dam des Africains qui avaient nourri l’espoir qu’avec la démocratie, ils sortiront de la misère et de l’oppression et  prendront une part active à la construction de leur avenir. Vaine illusion et grande duperie car dans la plupart des cas, la démocratisation est un simple problème juridico-électoral. La mort des partis uniques a donné naissance à de nouvelles constitutions taillées sur mesure. Celles-ci ont décrété le multipartisme intégral et de nouveaux codes électoraux assurent à l’avance les victoires proclamées ça et là à la suite d’élections souvent contestées parce que truquées. Des juges très peu indépendants sont installés dans les juridictions suprêmes pour avaliser les résultats électoraux.
Des électeurs apeurés voire terrorisés ou sans véritable choix sont achetés avec les fonds publics détournés et l’argent de la corruption. La fraude et l’achat des consciences sont institutionnalisés et deviennent une technique électorale voire simplement de maintien au pouvoir.
Il n’est donc pas étonnant  que les citoyens, les électeurs, la société civile, les médias et les leaders politiques ne se reconnaissent pas dans les résultats que les institutions chargées d`organiser les élections donnent. La non reconnaissance des résultats électoraux par les électeurs et leaders politiques à l`issue des élections, débouche très fréquemment sur des crises, des violences, des exils, bref des dysfonctionnements de la société.

Dans bon nombre de pays africains, la démocratie se résume au multipartisme et aux élections. Dans un tel contexte, créer un parti devient rapidement le rêve des apprentis sorciers, car c’est le chemin le plus court pour être associé au partage du gâteau qu’assure le pouvoir. D’où la multitude de partis qui fonctionnent généralement selon le modèle du parti unique d’avant. En leur sein, aucune vision stratégique, aucun débat d’idées, aucun programme de gouvernement digne de ce nom. Les partis deviennent alors des caisses de résonance d’ambitions personnelles ou de coalitions d’intérêts privés plus ou moins sordides.
A dire vrai, la démocratie partisane, celle des partis politiques ne semble pas réussir à l’Afrique. Elle est faite de cadavres inutiles, de divisions familiales, ethniques ou provinciales, de dépenses astronomiques servant plus à la corruption qu’au développement. Sans pour autant proposer le retour au parti unique, ne devrions-nous pas réfléchir à l’invention de notre propre voie ? Celle du partage du pouvoir entre les anciens et les jeunes intelligences pour assurer le bien-être du plus grand nombre,  le progrès économique et social nous semble être une voie plausible en attendant que les mentalités  deviennent matures pour la démocratie à l’occidentale. Osons dire avec Jacques Chirac que ‘’l’Afrique n’est pas (encore)  mûre pour la démocratie’’. Disons plutôt qu’une grande partie de l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie.

 

 

 


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