La prostitution des étudiantes

 

La prostitution des étudiantes dans actualité prosti-6-300x225Un ami m’a décrit comment, il y a quelques mois, il a découvert les avantages des prostituées étudiantes. Il avait été abordé par une jeune étudiante qui s’était assise à côté de lui dans son café habituel du centre-ville de Libreville. Il avait vite compris à quel manège elle se livrait. L’offre était claire. Un peu étonné, il avait bavardé avec elle. Elle lui avait décrit ses difficultés pour payer ses études, la chambre, les repas. Elle n’osait pas demander davantage à ses parents de condition modeste.

Un soir, elle s’était fait inviter en boîte par un type qu’elle avait déjà vu une ou deux fois. Il lui plaisait, ils avaient passé la nuit ensemble dans un hôtel sur la route du cap Estérias.  Le matin au réveil, le type était parti, mais il avait laissé 50.000 CFA à côté de son sac à main. Elle en avait été profondément choquée, mortifiée. Puis cela l’avait fait réfléchir, et depuis, strictement en fonction de ses besoins, elle jetait son dévolu sur des hommes qui lui plaisaient et se faisait payer pour passer un moment avec eux. Comme elle était jeune et mignonne, c’était facile et elle demandait un bon tarif( 10.000CFA la passe et 50.000 à 100.000Cfa la nuit). Pour lui, ce n’est qu’un complément rajeuni à son tableau de chasse habituel. Il n’y voit aucune malice.

Cette pauvre fille rencontre des difficultés pour payer sa scolarité, mais elle veut réussir, voilà qui est tout à son honneur. Elle sait qu’un bon diplôme l’aidera à tracer sa route. Elle a déjà vécu quelques aventures et s’interroge : « Au fond, pourquoi ne pas me payer de temps en temps un mec qui a du fric. Je le choisis, c’est moi qui mène le jeu, je me fais payer un bon week-end avec en prime un peu de liquide pour boucler mon budget. Voilà qui est beau et bon. » Elle furète, observe, et soudain me met le grappin dessus parce que je suis le meilleur et je ne parais pas fauché. Tout bénéfice. Une fille jeune, éduquée, délurée, encore fraîche et douchée, avec une réelle motivation, et qui a envie de s’envoyer en l’air tout en s’appliquant pour gagner un maximum. Il résume : – Le bon plan. Le volontariat, il n’y a que ça de vrai. Je dirais même que je préfère ce genre d’étudiante payante à ces bénévoles du sexe qui couchent à droite et à gauche pour rien, comme on siffle une bonne régab à la terrasse d’un bistrot. Je paie et ça fait partie du plaisir. Et ces filles, ou garçons pour certains, sont volontaires, il en existe partout, contrairement à ce que de prudes frustrés s’emploient à nous faire croire.

Ces étudiantes, quoi de plus compréhensible que disposer d’une chambre pour coucher, puis coucher pour disposer d’une chambre ? Elle veut un lit, elle l’a, même envie que moi qui adore les lits garnis. Conjonction bienvenue. Et si ce n’est pas la chambre qui fait difficulté, si c’est bêtement s’offrir un petit cadeau, des bottines ou le dernier Blackberry, ou un iPad… Je les approuve ces filles, elles en ont marre de coucher avec des copains désargentés qui ne savent pas forcément les faire jouir, alors que moi, client musclé, non seulement je sais m’occuper d’elles mais je les apprécie à leur juste prix, je leur prouve qu’elles valent quelque chose. Je serai peut-être le premier à le leur dire. J’ai la suprême délicatesse de ne pas leur poser de questions indiscrètes, je respecte leur libre arbitre avec le même soin que j’inspecte leur corps. [...]

Il me choque mon ami. Je n’imaginais pas que la prostitution puisse être aussi cela. Je pense à des amis plus âgés ou de mon âge, j’imagine leurs filles étudiantes, leurs garçons aussi, parce qu’ils sont autant touchés. Ou plutôt j’ai du mal à imaginer, parce que mes amis ne sont pas dans le besoin. Et pourtant si, j’imaginais que certains de ces enfants étudiants puissent se vendre uniquement pour manifester leur hostilité vis-à-vis de leurs parents, de leurs conventions, un peu comme on faisait une fugue dans le temps. Et puis maintenant c’est si facile, discret. Internet, dans ce domaine comme dans les autres, donne une dimension virtuelle à cette prostitution. Pour eux, ce qu’ils font n’est vraisemblablement pas de la prostitution. Par contre, celles et ceux qui se vendent parce qu’il s’agit de leur survie, ce n’est pas du tout le même jeu. Les contraintes sont là pour les entraîner, et certainement courront-ils davantage de risques fatals.

prostituees-499-257x300 dans actualitéL’histoire contée par mon ami m’a poussé à rencontrer une de ces étudiantes qui se prostituent pour recueillir son témoignage. Elle a fait preuve de courage pour se livrer à moi avec l’exigence de garder son anonymat. Nous l’appellerons Mélodie. Son histoire est édifiante sur les voies  que  la misère humaine peut nous faire emprunter.

« Oubliez vos préjugés concernant celles qui vendent leurs charmes, nous ne sommes pas toutes habillées en mini-jupe, de cuir ou de perruque en ce qui me concerne. Si vous me croisiez dans la rue vous ne pourriez savoir ce que je fais parfois pendant mon temps libre. Je m’habille de façon normale, j’ai la main légère sur le maquillage. Et pourtant je couche avec des hommes pour de l’argent. Ça n’a jamais été ma vocation soyons d’accord, et même maintenant je ne raffole pas de ça. Comment en suis-je arrivée là alors me demanderez-vous ? En désespoir de cause.

La descente aux enfers

Après mon bac, j’ai voulu quitté la maison de mes parents dans les bas fonds de Venez-voir, et louer une chambre dans un quartier chic. J’ai dû me rendre à l’évidence, ce n’était pas facile d’être indépendante. Les factures s’accumulaient, les rentrées d’argent étaient plus que rares. Mes études ne me permettant pas d’avoir un travail, ma bourse était ce qui me permettait de survivre. Étant brouillée avec ma famille je ne pouvais compter que sur moi-même et je m’étais rendue à l’évidence : ça ne marchait pas.

Un jour, alors que je me promenais sur un site bien connu par les étudiantes branchées, je suis tombée sur celle d’un européen qui proposait de manière fort subtile « d’aider » une étudiante en échange de moments câlins. J’avais déjà deux mois d’impayé de loyer. J’ai répondu, nous avons organisé une rencontre trois jours plus tard dans un bar du centre-ville de Libreville. Le jour J j’ai bien failli tout annuler. J’étais plus angoissée que jamais, je me disais que si j’y allais je franchirais pour de bon le point de non retour. Un coup d’œil dans mon porte- monnaie et je me préparais pour le rendez-vous le plus stressant de ma vie. Ne sachant pas trop quel style adopter, je me suis contentée d’une jolie robe assez chic, de talons et d’un peu de maquillage.

 

Premier contact

Je tremblais, et fumais comme un pompier. Je l’ai tout de suite reconnu en arrivant, même si nous n’avions échangé aucune photo. Il avait juste l’air timide et un peu méfiant que j’aurais sûrement eu si j’avais été à sa place. Je vous passe les détails, nous avons eu un bon contact. Il m’a demandé si j’étais libre le lendemain pour qu’il me rejoigne chez moi. J’ai inspiré un bon coup et j’ai dit oui. C’est comme ça que tout a commencé. Contrairement à ce que je croyais, Charles n’était pas un pervers aux fantasmes inavouables. C’était simplement un homme d’affaires prospère amoureux de son travail et de sa femme qui n’avait ni le temps ni l’envie de trouver quelqu’un. Il m’a souvent dit qu’au lieu d’aller dans un bar et de draguer une femme en lui payant verre sur verre dans l’espoir de finir la soirée au lit, il préférait de loin aider une demoiselle dans le besoin.

Notre « première fois » s’est bien passée, malgré mon appréhension. Il ne m’a rien demandé de bizarre, il ne m’a pas traité comme une pute. Nous avons parlé avant et après, je lui ai proposé quelque chose à boire et à manger, comme je l’aurais fait avec un véritable copain. La seule différence c’est qu’à la fin il a sorti son portefeuille et a déposé quelques billets sur ma table de nuit. Il m’a embrassée tendrement et m’a dit à bientôt. Une fois la porte fermée je me suis précipitée sous la douche pour tout effacer, je me sentais sale. Ce soir là je me suis regardée dans le miroir et je me suis mise à pleurer, comment avais-je pu tomber aussi bas ? Et puis j’ai pensé à cette pile d’argent que je devais à mon bailleur et à des amies. Sur ma table de nuit reposaient plusieurs billets de 10.000 CFA.

De fil en aiguille…

Nous nous sommes vus une fois toutes les deux semaines pendant un an et demi. Entre temps j’ai élargi ma « clientèle » avec un médecin et un avocat. Tout comme avec Charles, nous nous sommes vus en terrain neutre avant de convenir d’un rendez-vous. En quelques mois j’ai remboursé mes dettes et mis de l’argent de côté sur un compte d’épargne.

prostdans-un-bar1-300x225Au fil du temps mon appréhension s’est peu à peu estompée. Ne restait qu’une certaine déception pour ne pas dire dégoût de moi-même. J’étais le genre de fille qui avait attendu patiemment la « bonne personne » pour perdre ma virginité, celle qui se sentait incapable de coucher avec quelqu’un juste pour une nuit. Et pourtant j’étais devenue une prostituée. Aucun de mes « clients » ne m’a jamais appelé ainsi, ils m’ont toujours traitée avec déférence, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai autant de mal à les qualifier de « clients ». Si le passage à l’acte est toujours un peu difficile pour moi, j’apprécie néanmoins nos conversations. Ils sont tous mariés, bien que je ne puisse en être parfaitement sûre j’en conviens, alors ils me parlent de leur travail, de leurs passions, de leur avenir.

J’ai parfois l’impression d’être leur thérapeute, parfois leur amie. Nous ne passons pas notre temps au lit, loin de là. Ils m’emmènent au cinéma, au restaurant, faire du shopping et je suis même partie en voyage avec l’un d’eux en juillet de l’année dernière. Un autre m’amène souvent en week-end à Lambaréné. Il arrive que parfois un de ces hommes me demande quelque chose qui me déconcerte un peu. Cependant je les connais assez bien pour pouvoir me permettre soit de refuser, soit d’en parler ouvertement. Je n’essaye pas de faire l’apologie de la prostitution, je ne suis pas fière de ce que je fais, c’est d’ailleurs pourquoi personne dans mon entourage n’est au courant. Certaines personnes pensent qu’on a toujours le choix, et c’est peut-être vrai, mais lorsque je me suis mise à faire ça, à donner mon corps à de quasi-inconnus pour de l’argent, ça m’a semblé être la seule solution.

Je ne souhaite pas débattre de ce genre de pratiques, je ne l’ai jamais fait et ne souhaite pas commencer. Ce qui est sûr c’est que je serais bien la dernière à juger les personnes qui ont recours au commerce du sexe. On fait ce qu’on peut pour vivre. Beaucoup me diront qu’elles ne s’abaisseraient jamais à descendre aussi bas, et j’espère bien pour elles qu’elles n’auront en effet jamais à le faire. Mais quand je vois le taux de chômage au Gabon, la progression du seuil de pauvreté, tous ces étudiants qui doivent batailler pour ne pas être trop dans le rouge à la fin du mois ainsi que tous les autres qui galèrent, je me dis que finalement on n’est jamais sûr de rien ».

 

 

 


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